La boîte à bar à vue de Nicolas Cadiou : leurres et montages

Après la première partie consacrée à la technique de la pêche du bar à vue, Nicolas Cadiou nous fait l’honneur d’ouvrir sa boîte. Pas une boîte idéale, pas une boîte de saison reconstituée pour la caméra, mais bien la boîte qu’il avait dans son sac ce jour-là, algues comprises sur les leurres. Une boîte volontairement restreinte, façonnée par les réussites et les échecs des dernières sorties, parce qu’en pêche à vue on aborde peu de poissons dans une journée et qu’il vaut mieux quelques familles de leurres bien comprises qu’un sac entier que l’on traîne dans la vase.

On passe en revue les écrevisses, les finesses, les shads, les leurres de surface et quelques leurres durs, avec à chaque fois le pourquoi du choix, le montage, la plombée et les petites subtilités qui font la différence sur des poissons éduqués. Au passage, Nicolas glisse plusieurs leurres encore en test, dont un qui n’est pas encore commercialisé, et termine sur le conseil qui change tout : pas d’agrafe devant un leurre souple anti-herbe. Si la pêche fine du bar en estuaire vous passionne, installez-vous, c’est du concret et du détail.

Une boîte du moment, pas une boîte idéale

La première chose que rappelle Nicolas, c’est qu’il ne triche pas sur le contenu. On lui a demandé d’ouvrir sa boîte, alors il montre celle du moment, construite à partir de ce qu’il a noté lors des sorties des quinze derniers jours et de ce qu’il sent un peu au feeling. Elle n’est jamais exactement la même d’une période à l’autre, certaines références reviennent en permanence, d’autres tournent au gré des conditions et des saisons.

Cette boîte est aussi volontairement légère, et ce n’est pas un détail. En pêche à vue, les occasions d’aborder un poisson ne sont pas légion. Sur une belle journée on voit une vingtaine de poissons, mais entre ceux que l’on perd de vue le temps de se positionner et ceux qui filent, on lance en réalité sur une dizaine de poissons différents. Quand les sessions dépassent rarement quatre heures et que l’on marche près de dix kilomètres dans la vase et les bois, on comprend pourquoi alourdir le sac avec cinquante boîtes n’a aucun sens. Mieux vaut quelques familles de leurres bien maîtrisées, présentées à deux ou trois poissons avant de juger qu’un modèle n’est pas le bon du jour.

Les écrevisses, le socle de la pêche à vue

Le premier compartiment est consacré aux écrevisses, et il commence par la Megabass Sleeper Craw. Son intérêt tient à sa plombée interne et à son hameçon camouflé dans le dos du leurre. Le poisson ne voit ni plomb ni acier, juste une écrevisse, ce qui compte beaucoup sur des bars éduqués. Le montage est prêt à l’emploi, l’ensemble passe bien dans les algues et les rochers, et le plastique amortit le contact au fond. Plusieurs pêcheurs spécialistes partagent d’ailleurs la même impression : la taille moyenne des poissons pris avec ce leurre semble supérieure, peut-être parce qu’un plomb qui vient cogner le fond émet un signal peu naturel qui fait refuser les plus gros sujets. Sa seule contrainte, c’est un poids fixe que l’on ne peut pas adapter.

sleeper craw

Quand il faut justement régler la plombée, Nicolas bascule sur la Nikko Craw, qu’il monte sur une tête plombée. La version historique en 3.2 pouces est devenue un classique, et la nouvelle taille 2.4 pouces est sans doute la dimension la plus polyvalente pour la régularité en estuaire, prise par les petits comme par les gros. Avec une plombée en tête, l’écrevisse bascule plus vite et s’insère parfaitement dans les petites trouées entre les goémons, là où une plombée mieux répartie aurait plus de mal à descendre.

Pour ces deux écrevisses, la tête de référence est la tête plombée texan Decoy VJ-36. C’est un hameçon texan offset dont la plombée en forme de banane glisse bien sur les obstacles et accroche très peu. Sa pointe légèrement rentrante évite que le leurre, en glissant, ne vienne piquer la moindre algue, et malgré un fil fin elle reste très résistante. Sur les montages plus classiques, on retrouve la même logique avec des hameçons texan offset Decoy.

Toujours dans le registre des écrevisses, mais cette fois en plastique classique, le Megabass Bottle Shrimp excelle dès que la marée monte et que les goémons flottent. Le combo Bottle Shrimp et VJ-36 se faufile bien entre les algues, et il est redoutable pour pêcher mécaniquement chaque trou : un lancer, on laisse tomber, on passe au suivant, et l’attaque réflexe arrive souvent à la descente.

Une matière qui impose ses règles de rangement

La Nikko Craw, comme certaines autres écrevisses, est moulée dans un élastomère thermoplastique de type TPE. C’est ce qui la rend ultra résistante, mais aussi incompatible avec les leurres conventionnels qui contiennent des plastifiants. Au contact, la réaction chimique fait littéralement fondre la matière et transforme votre boîte en magma collant. La solution conseillée par les fabricants est de tout conserver dans le packaging d’origine, mais pour quelqu’un qui parcourt des kilomètres du bord, l’astuce de Nicolas est plus simple : un compartiment dédié aux TPE, où ces écrevisses cohabitent sans risque, à l’écart des leurres au plastisol.

Les finesses et les shads

Le deuxième compartiment réunit les leurres plus fins. On y trouve d’abord les petits worms réalistes de la gamme DUO Realis Wriggle, encore en phase de test dans la boîte. Les coloris ne sont pas les plus spectaculaires, mais l’efficacité est au rendez-vous, pour un tarif honnête vu la qualité de fabrication.

Vient ensuite un monument, le Megabass Hazedong, longtemps un des leurres favoris de Nicolas et probablement celui sur lequel il a pris le plus de bars. Sa production ayant été arrêtée, il faut désormais se tourner vers son successeur désigné, dans la même logique d’utilisation, avec d’excellents résultats jusqu’ici.

Le DUO Bayruf BR Fish est une finesse à queue très naturelle, montée sur hameçon texan. Selon que l’on monte sa face plate vers le haut ou vers le bas, on obtient une pêche linéaire à gratter ou une nage plus agressive entre deux eaux. C’est exactement le genre de leurre qui sauve une partie de pêche quand les poissons chassent entre deux eaux.

Impossible de parler de la boîte de Nicolas sans évoquer le Megabass X-Layer, le leurre avec lequel il a commencé à enchaîner les séries de poissons en pêche à vue. Doté d’un petit rattle discret, on le pose au fond et on le décolle à peine. Pour les pêcheurs qui veulent une animation plus dynamique entre deux eaux, l’astuce dite à la normande consiste à le renverser, face plate vers le haut, pour qu’il plane et parte en écarts de gauche à droite.

Pour les situations très spécifiques, le Sawamura One Up Curly entre en jeu sur les étals de basse mer, à pêcher très lentement au fond comme une petite anguille, souvent pour déclencher un gros poisson inactif planqué dans un trou. Sur de la prospection plus rapide juste sous la surface, le Sawamura One Up Shad 4 pouces fait merveille, monté sur hameçon plombé. Enfin, pour la pêche de fond pure, le Megabass Super Spindle Worm 4 pouces émet une vibration un peu plus marquée et constitue, avec le One Up Shad, un duo passe-partout à avoir dans toutes les boîtes.

spindle worm

Pêcher léger, la question de la densité

Voilà sans doute le point le plus instructif de l’échange. Même dans très peu d’eau, Nicolas reste plutôt léger. La raison tient à la densité naturelle de la proie. Un bar, quand il vient cueillir un leurre posé au fond, se place devant et ouvre la gueule pour l’aspirer. Si vous lui présentez un leurre dont le poids n’a rien à voir avec son volume, par exemple un petit lançon qui devrait peser sept grammes monté sur une tête de quinze, le poisson exerce une force d’aspiration calibrée pour une proie légère et le leurre n’entre tout simplement pas dans sa gueule. L’image qu’il emploie est parlante : c’est comme soulever une bouteille d’eau que l’on croit pleine alors qu’elle est vide, on met trop de force et le geste rate.

L’idéal est donc de pêcher bannière détendue, pour que l’aspiration ne soit pas freinée par le fil, tout en respectant au mieux la densité de la proie imitée. Il faut malgré tout assez de poids pour anticiper la trajectoire d’un poisson en déplacement, poser le leurre au fond avant qu’il n’arrive, et gérer le courant comme le vent. Tout est affaire d’équilibre, mais la règle est utile à garder en tête dès qu’on le peut.

Reflets et têtes plombées

Autre détail qui a longtemps occupé l’esprit de Nicolas : le reflet de la tête plombée. Une tête neuve brille énormément, mais après quelques poissons elle se matifie, vire presque au noir, et c’est avec cette version oxydée qu’il préfère pêcher. C’est tellement vrai qu’il lui arrive d’emporter deux fois le même leurre pour pouvoir, en cas de refus, basculer sur la tête déjà patinée. Il a même validé techniquement des têtes peintes, sur lesquelles il avait davantage confiance, mais les volumes nécessaires à leur production sur une niche aussi pointue n’ont jamais permis de les sortir.

Le Gan Craft Bomb Slide pour aller chercher les poissons à l’ombre

Quand la chaleur s’installe, les bars se calent à l’ombre des coques de bateaux, des pontons, des arbres et des algues, y compris en estuaire. C’est là que sort le Gan Craft Bomb Slide. Sa particularité, le back slide, lui permet de reculer sur un plan horizontal quand on lui rend la main. On le pose devant l’obstacle, on lui donne un peu de fil, et il va se glisser dans l’ombre à un endroit où un leurre lancé classiquement n’irait jamais.

Casting ou spinning en estuaire

Sur la question du matériel, Nicolas est clair : il préfère le spinning, plus polyvalent. En estuaire, le niveau auquel on se trouve par rapport au poisson varie énormément au cours d’une même session, six mètres au-dessus sur la rive puis en wading avec de l’eau jusqu’aux mollets une demi-heure plus tard. Le casting est excellent pour des posés discrets et précis en pitching quand on a de l’eau au mollet, mais devient ingérable quand on est trop haut ou que l’eau monte à la taille. Il réserve donc la canne casting puissante, montée en gros diamètre, aux pêches musclées sous les parcs.

Les leurres de surface et les leurres durs

La boîte se termine par quelques leurres durs montés, ceux-là, sur agrafe pour une meilleure nage. En surface, le Z-Claw est réservé aux gros poissons et aux pêches très lentes, avec des pauses parfois très longues, et il peut passer juste sous la pellicule d’un petit coup de scion canne basse. Le Xorus Patchinko en 85 et 100 prend le relais à vitesse moyenne en walking the dog, tient remarquablement le courant et déclenche de jolis poissons en travers.

Côté poissons nageurs, le Tackle House Feed Shallow 105, bien connu en taille 128, évolue juste sous la surface, tient le courant et se lance très bien contre le vent ou vent de travers, ce qui le rend précieux dans les zones d’accélération du courant en fin de saison. Enfin, le Zip Baits B-Switcher 2.0 est lié à un souvenir fort, une compétition gagnée à La Rochelle dans des conditions de tempête où ce crankbait, tenant le vent et nettoyant le fond, avait fait la différence quand presque aucun autre bateau ne prenait de poisson. Un seul impératif : remplacer les hameçons d’origine par des triples renforcés, sous peine de se les faire ouvrir.

b switcher

Le rubber jig et le micro jig

On trouve aussi un rubber jig qui traîne au cas où, pour aller pêcher dans les algues, les bois morts et les arbres couchés où les bars se postent comme des black bass à marée haute, avec une écrevisse en trailer. En revanche, Nicolas reconnaît volontiers ne pas réussir avec les micro jigs, malgré de nombreux essais, là où plusieurs de ses copains font de superbes pêches. Comme quoi, même chez les meilleurs, tout n’est pas affaire de matériel.

Le conseil qui change tout : pas d’agrafe sur un leurre souple anti-herbe

S’il ne fallait retenir qu’une chose, ce serait celle-ci. Tous les leurres souples présentés sont montés sur hameçon texan offset ou sur hameçon interne, précisément pour ne pas ramasser les algues vertes, les goémons et les sargasses, de plus en plus présents à cette saison. Or beaucoup de pêcheurs ajoutent une agrafe devant leur leurre par facilité. C’est l’erreur à éviter : cette agrafe accroche toutes les saletés du fond, et quand vous décollez le leurre au moment où le poisson arrive, avec un gros paquet d’algue verte devant, il ne le prend pas. L’agrafe ruine tout l’intérêt d’un hameçon camouflé. On la réserve donc aux seuls leurres durs.

Le matériel présenté

Pour les écrevisses et créatures, retrouvez la Megabass Sleeper Craw, la Nikko Craw 3.2 et 2.4 pouces, le Megabass Bottle Shrimp, le Gan Craft Bomb Slide, le Megabass Sleeper Gill et le Megabass Dark Sleeper.

Côté finesses et shads, voici le DUO Realis Wriggle, le Megabass Hazedong, le DUO Bayruf BR Fish, le Megabass X-Layer, le Sawamura One Up Curly, le Sawamura One Up Shad 4 pouces et le Megabass Super Spindle Worm 4 pouces.

Pour la surface et les leurres durs, retrouvez le Z-Claw, le Xorus Patchinko 85 et 100, le Tackle House Feed Shallow 105 et le Zip Baits B-Switcher 2.0. Le rubber jig complète l’ensemble.

Enfin, pour les têtes plombées et les hameçons, voici la tête plombée texan Decoy VJ-36 et les hameçons texan offset Decoy.

Questions fréquentes sur la pêche du bar à vue

Quels leurres pour débuter la pêche du bar à vue ?

Une boîte de départ peut se limiter à quelques écrevisses montées en texan, comme la Sleeper Craw, la Nikko Craw et le Bottle Shrimp, complétées par une finesse, un X-Layer et un leurre de surface. L’idée est d’avoir quelques familles bien comprises plutôt qu’une multitude de références.

Pourquoi utiliser un leurre à plombée interne et hameçon caché ?

La plombée interne et l’hameçon camouflé rendent le leurre très naturel, sans plomb ni acier visibles, ce qui fait la différence sur des poissons éduqués. Le montage passe aussi mieux dans les algues et les rochers, et le plastique amortit le contact au fond.

Faut-il peindre ses têtes plombées pour la pêche à vue ?

Ce n’est pas indispensable. Une tête neuve brille beaucoup, mais elle se matifie rapidement après quelques poissons, et c’est souvent cette version oxydée, plus discrète, qui inspire le plus confiance au bord de l’eau.

Peut-on ranger les leurres en TPE avec les autres leurres souples ?

Non. Les leurres en élastomère thermoplastique réagissent au contact des plastifiants présents dans la plupart des leurres au plastisol et finissent par fondre. Il faut leur réserver un compartiment dédié.

Pourquoi éviter l’agrafe sur un leurre souple anti-herbe ?

L’agrafe accroche les algues et les débris du fond, ce qui annule tout l’intérêt d’un hameçon camouflé. Au moment de décoller le leurre devant un poisson, un paquet d’algue suffit à le faire refuser. On réserve donc l’agrafe aux leurres durs.

Pour aller plus loin

L’entretien complet, leurre par leurre, est disponible en vidéo sur la chaîne La Grange de Tom Sawyer. N’hésitez pas à poser vos questions précises sur un leurre, une zone ou une condition en commentaire, c’est souvent là que la discussion devient la plus riche.

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