Le BBZ est un leurre d’eau douce. C’est un swimbait articulé né aux États-Unis pour tromper des black bass qui se nourrissaient de truites, devenu en France une référence de la pêche du brochet. Alors quand une taille 5 pouces débarque, plus légère et plus compacte, la question se pose forcément côté mer : est-ce que ce leurre a sa place dans une boîte de pêcheur de bar ? La réponse honnête est nuancée. Sur le papier tout ne colle pas, en particulier les coloris. Dans l’eau en revanche, il y a une situation très précise où il fait des dégâts, et elle est loin d’être rare.
Ce que change vraiment le format 5 pouces
Les tailles historiques du BBZ, le 6 et surtout le 8 pouces avec ses 21 cm pour environ 140 grammes, sont difficilement transposables à la pêche du bar. Peu de pêcheurs possèdent une canne mer capable d’envoyer confortablement un tel leurre, et peu oseraient de toute façon le lancer sur des poissons qui chassent des proies de quelques centimètres.
Le 5 pouces change la donne. Il mesure environ 12,5 cm pour 24 grammes, ce qui le place exactement dans la fenêtre de puissance des ensembles bar classiques, ceux avec lesquels on pêche déjà les stickbaits, les poppers et les shads montés. Aucun matériel spécifique n’est nécessaire, ce qui est le premier argument pour l’essayer sans se ruiner en équipement dédié.
Sa densité joue aussi en sa faveur. Il s’agit d’un slow sinking, mais volontairement bien plus lent que celui des grandes tailles. Ce choix a été fait pour l’eau douce, afin de passer au-dessus des herbiers, et il se transpose parfaitement aux pêches côtières peu profondes : plateaux rocheux, tables à vitres, veines de courant sur faible hauteur d’eau. Le leurre reste dans la couche utile longtemps sans plonger dans les laminaires.

La vraie situation où il fait la différence
Tout pêcheur de bar connaît cette scène frustrante : les poissons sont là, ils montent sur le leurre de surface, ils font gicler l’eau autour, mais rien ne se concrétise. Chasses molles, poissons éduqués, activité de surface sans engagement franc. C’est précisément le créneau du BBZ 5 pouces.
L’idée est simple : passer juste sous la surface, dans la couche immédiatement inférieure à celle où le poisson refuse de se décider. Le swimbait articulé y déploie une nage ample et très lisible, avec cette jointure qui vient claquer légèrement et qui constitue sa signature. Là où le leurre de surface demande au bar un engagement complet, le swimbait lui propose une proie qui nage normalement, à portée, sans effort. Les touches obtenues dans ces conditions sont généralement très franches, le poisson venant coffrer le leurre plutôt que le taper.
C’est aussi un format qui rassure quand la mer est calme et l’eau claire, deux conditions dans lesquelles beaucoup de leurres agressifs perdent leur efficacité. Le swimbait s’exprime mieux par temps posé, sans vent fort ni forte agitation de surface. Quand ça bouge beaucoup, un leurre plus vibrant restera un meilleur choix.
Le point faible : des coloris pensés pour l’eau douce
Il faut être clair sur ce point, c’est la principale limite du leurre en mer. La gamme est volontairement resserrée autour de huit coloris, et ces huit coloris ont été construits pour le carnassier d’eau douce. On y trouve des imitations perche, des teintes gardon, du fire tiger. Rien qui corresponde vraiment à une sardine, à un lançon ou à un mulet.
La marque a bien travaillé des essais de coloris marins, mais rien n’a été jugé suffisamment abouti pour être lancé en production, et le marché du swimbait en mer reste encore trop confidentiel pour justifier une fabrication dédiée. Autrement dit, il ne faut pas espérer une gamme mer à court terme.
Dans la pratique, cela reste gérable. Les teintes naturelles claires et argentées, du type gardon, sont celles qui se rapprochent le plus d’un poisson fourrage marin et c’est par là qu’il faut commencer. Un peu de brillance sur le flanc suffit à accrocher la lumière, et par mer calme et eau claire, la silhouette et la nage comptent souvent plus que la teinte exacte. Rien n’empêche non plus de retoucher un dos ou un flanc au marqueur indélébile pour se rapprocher d’une imitation locale, sachant que la peinture d’origine n’est pas ce qui déclenche la touche.

Corrosion et armement : le vrai sujet en mer
Passer un leurre d’eau douce en mer, c’est surtout accepter de gérer la corrosion. Le BBZ 5 pouces est armé d’origine d’hameçons calibrés pour le brochet, ce qui est largement suffisant pour du bar, y compris sur de beaux poissons. Le problème n’est donc pas la solidité, mais la tenue dans le temps.
Les hameçons montés sur la gamme viennent de chez Gamakatsu, et les productions récentes basculent vers une finition haut de gamme avec un fil d’acier plus fin et plus résistant, associé à un revêtement hydrophobe qui améliore la pénétration tout en protégeant l’acier. Ce type de revêtement encaisse remarquablement bien le sel, à une condition : ne pas l’entamer. Dès qu’une pointe est réaffûtée à la lime, la brèche ouvre la porte à la rouille, et en mer les points d’oxydation apparaissent en quelques heures seulement. Sur un leurre à ce prix, mieux vaut changer un triple émoussé que le limer.
Le reste relève des réflexes habituels : rinçage à l’eau douce en fin de session, séchage complet avant de refermer la boîte, et remplacement des anneaux brisés dès qu’ils marquent. Le corps du leurre, lui, ne craint pas grand-chose.
Comment le monter et le pêcher en mer
Le montage est simple. Un bas de ligne fluorocarbone d’une longueur d’un mètre environ suffit, dans un diamètre cohérent avec votre pêche du bar habituelle. Contrairement à l’eau douce, aucune contrainte de dentition ne vous oblige à monter du gros, vous pouvez rester sur ce que vous utilisez déjà pour vos stickbaits. Beaucoup d’utilisateurs se passent d’agrafe pour préserver la liberté de nage, mais une agrafe fine reste acceptable si vous changez souvent de leurre.
L’animation de base est la récupération linéaire lente à moyenne, celle qui fait claquer la jointure et qui suffit à faire du poisson. Le vrai plus vient des ruptures : un coup de scion sec en début de récupération, puis un ou deux au milieu du parcours, font pivoter le leurre jusqu’à presque faire demi-tour. C’est exactement ce qu’il faut pour décider un bar suiveur, et c’est une situation fréquente en eau claire quand le poisson accompagne le leurre jusqu’au bord sans se décider.
Dernier réglage utile : le BBZ possède un équilibrage placé à l’avant et assez bas, ce qui le rend facile à plomber sans casser sa nage. Un peu de plomb adhésif sous la tête accentue le côté planant horizontal, idéal sur très peu d’eau. Un lest sur le nez le fait descendre plus vite quand il faut gratter sous une veine de courant. Testez toujours au bord avant de partir sur une session complète.

Alors, fait pour la mer ou pas ?
Ce n’est pas un leurre de mer, et il serait malhonnête de le présenter comme tel. Les coloris ne sont pas adaptés, la coulée très lente le disqualifie sur les pêches profondes ou en fort courant, et il ne remplacera aucun de vos leurres de surface ni de vos shads sur têtes plombées.
En revanche, c’est une excellente carte à jouer sur une situation précise et récurrente : des bars actifs qui refusent de conclure en surface, par mer calme et eau claire, sur peu de fond. Dans ce cas de figure, un swimbait articulé de 12,5 cm passé juste sous la surface transforme régulièrement des refus en touches franches. C’est aussi un format compact et polyvalent à glisser dans un sac à dos pour un déplacement, capable d’enchaîner une session en mer et une session en eau douce sans changer d’ensemble.
Vendu autour de 22 €, il ne représente pas un gros investissement pour combler ce trou dans une boîte de bar. Un exemplaire dans une teinte naturelle claire suffit pour se faire un avis.
Questions fréquentes
Le BBZ 5 pouces résiste-t-il à l’eau de mer ? Le corps du leurre ne pose pas de problème. La vigilance porte sur les hameçons et les anneaux brisés : rincez à l’eau douce, séchez avant de refermer la boîte et remplacez les triples dès qu’ils marquent, plutôt que de les réaffûter.
Faut-il changer les hameçons d’origine pour le bar ? Non. L’armement du 5 pouces est calibré pour la pêche du brochet, ce qui couvre très largement le bar. Un passage sur des triples renforcés ou inox reste possible si vous pêchez exclusivement en mer.
Quel coloris choisir pour le bar ? Les teintes naturelles claires et argentées, les plus proches d’un poisson fourrage. La gamme ne propose pas d’imitation sardine ou lançon, il faut composer avec ce qui existe.
À quelle profondeur pêche-t-il ? C’est un slow sinking très lent, conçu pour rester haut dans la couche d’eau. Il excelle sur peu de fond et juste sous la surface, beaucoup moins sur les pêches profondes ou en fort courant, sauf à le plomber.
Peut-on l’utiliser du bord ? Oui, ses 24 grammes se lancent correctement avec un ensemble bar classique, ce qui en fait une option crédible sur les plateaux rocheux et les zones peu profondes accessibles à pied.