Règlementation 2026 : Ce qui change vraiment pour les pêcheurs plaisanciers

La pêche récréative en mer connaît des évolutions majeures en 2026. Déclaration obligatoire, nouveaux quotas, restrictions sur certaines espèces : Alain Scriban, vice-président de la FNPP (Fédération Nationale des Pêcheurs Plaisanciers en Mer), nous éclaire sur ces changements qui concernent des millions de pêcheurs français.

La déclaration obligatoire : le grand changement de 2026

Une obligation européenne, pas une décision française isolée

Contrairement aux idées reçues, la déclaration des pêcheurs n’est pas une lubie administrative française. Cette mesure a été décidée au niveau européen il y a plusieurs années, avec mise en application prévue début 2026. Alain Scriban le rappelle : « Ce sont les États membres qui prennent ces décisions, pas Bruxelles qui les impose. »

L’objectif ? Mieux connaître l’impact de la pêche de loisirs sur les ressources halieutiques et disposer d’arguments solides face à certaines accusations. « Quand quelqu’un d’un ministère nous dit que la pêche plaisance prélève 66% du lieu jaune, on a besoin de chiffres clairs pour répondre », souligne le vice-président de la FNPP.

Comment ça fonctionne concrètement ?

Enregistrement du pêcheur :

  • Une inscription annuelle obligatoire
  • Valable pour toute l’année
  • Ne concerne pas (encore) la pêche à pied

Déclaration des captures :

  • Obligatoire uniquement pour les espèces sensibles : bar, lieu jaune, daurade rose, et probablement le maquereau
  • Dans les 24 heures suivant la pêche (et non plus le jour même comme prévu initialement)
  • Indication de la zone de pêche, pas du lieu exact
  • Possibilité de déclaration par une personne morale (votre association peut le faire pour vous)

Les craintes des pêcheurs

Beaucoup de pêcheurs voient cette déclaration comme une atteinte à leur liberté et une première étape vers un permis payant. Ces inquiétudes sont légitimes dans un contexte où les contrôles se multiplient sur le littoral.

Alain Scriban reconnaît le problème : « On passe d’un espace de liberté à quelque chose de plus contrôlé. Mais si on veut être reconnus et respectés, il faut pouvoir prouver que nous ne sommes pas les dévastateurs qu’on nous accuse d’être. »

Les fédérations se battent pour que cette déclaration devienne un outil au service des pêcheurs, avec accès centralisé aux réglementations locales, guides de bonnes pratiques, et surtout des données pour défendre leurs droits.

Réglementation pêche en mer 2026

Quotas 2026 : entre restrictions et négociations

Le maquereau : du zéro au possible

L’administration avait initialement proposé un quota zéro pour le maquereau en décembre. Une aberration pour les pêcheurs, puisque ce poisson est souvent la première prise des débutants et des enfants.

Après mobilisation des fédérations, des négociations sont en cours pour obtenir un quota journalier raisonnable de 8 à 10 maquereaux, en ligne avec le principe de consommation familiale.

Le bar : enfin une amélioration ?

La ressource en bar se porte mieux qu’il y a quelques années. Les quotas devraient évoluer :

  • Sud du 48e parallèle : passage probable à 2 bars (contre 1 actuellement)
  • Nord du 48e parallèle : possibilité de passer à 3 bars grâce aux négociations post-Brexit

« Si on n’obtient pas 3 bars au nord alors que le cadre européen le permet, ce sera une décision nationale de sur-transposition », précise Alain Scriban.

Le lieu jaune : toujours problématique

Les périodes de repos biologique sont maintenues, mais le problème de l’équité demeure. Pendant que les pêcheurs plaisanciers respectent l’interdiction, on trouve toujours du lieu sur les étals des marchés, pêché « accessoirement » par les professionnels.

« Comment expliquer à nos adhérents qu’ils doivent respecter les règles quand on laisse pêcher sur les frayères pendant la même période ? », interroge le vice-président.

Le thon rouge : le combat des 1%

La France n’alloue que 1% de son quota européen de thon rouge aux pêcheurs plaisanciers. Les fédérations attaquent cette répartition en justice chaque année – et gagnent systématiquement. Mais les décisions judiciaires arrivent deux ans trop tard pour avoir un impact.

Le système de baguage reste en place, avec une gestion complexe pour les associations qui doivent suivre en temps réel les captures de leurs membres pour ne pas dépasser leurs quotas en kilos.

Autres évolutions réglementaires

L’interdiction du plomb : un débat scientifique

Une interdiction du plomb dans les articles de pêche est envisagée, sur le modèle de ce qui se fait à la chasse. Les fédérations demandent un moratoire de 10 ans pour plusieurs raisons :

  • Manque d’études scientifiques sur l’impact réel du plomb en eau de mer
  • Absence de données sur la toxicité des substituts proposés (tungstène, cuivre, zinc)
  • Coût prohibitif des alternatives
  • Questions sur l’efficacité des substituts

« Un oiseau qui ingérerait 50 grammes de plomb ? J’aimerais bien le voir », ironise Alain Scriban face à certaines études administratives.

La pompe à verre : victoire récente

Après mobilisation des fédérations et des élus, l’interdiction de la pompe à verre a été levée. Les pêcheurs peuvent à nouveau prélever des vers de façon raisonnée.

Pêche du bord dans le Nord : problème réglé

En 2024, des verbalisations injustifiées avaient touché des pêcheurs de bar du bord entre l’Atlantique et Dunkerque, sur la base d’une interprétation contestable du code rural. Grâce à l’intervention des fédérations et au droit européen, le code rural a été modifié. Cette distinction illégale entre pêcheurs professionnels et plaisanciers n’existe plus.

Comment se défendre et participer ?

L’importance de l’adhésion aux fédérations

Alain Scriban insiste : « Plus on est nombreux, plus on pèse dans les négociations. » Les fédérations (FNPP, FFPM, CML) sont composées uniquement de bénévoles qui consacrent un temps considérable à défendre les droits des pêcheurs.

Ces organisations sont présentes à tous les niveaux :

  • Local (associations, communes)
  • Régional (vice-présidents régionaux)
  • National (groupes de concertation, ministères)
  • Européen (réseau EFTA)

Participer localement

Au-delà de l’adhésion, chaque pêcheur peut agir :

  • Participer aux opérations de nettoyage des grèves organisées par les associations
  • Soutenir les projets d’alvinage sous les pontons
  • Remonter les problèmes de terrain aux associations
  • Échanger avec les élus locaux et les maires

Pêche en mer 2026

Faire remonter les dysfonctionnements

Les problèmes de contrôles abusifs, de verbalisations disproportionnées ou d’inégalités de traitement doivent être documentés et remontés aux fédérations. C’est ainsi que les choses peuvent évoluer.

Perspectives pour 2026 et au-delà

Des négociations en cours

Début 2026, de nombreuses décisions ne sont pas encore finalisées. Les fédérations continuent leurs actions sur :

  • Les quotas de maquereau
  • L’amélioration de l’application de déclaration
  • La présence dans tous les organes de décision (parcs marins, parcs éoliens, conseils portuaires)
  • L’harmonisation des contraventions entre services de contrôle

Un appel à la responsabilité collective

Pour Alain Scriban, le message est clair : « Nous sommes tous des usagers de la mer et nous avons le droit d’être respectés. Mais pour cela, nous devons montrer que nous sommes des acteurs responsables, pas des dévastateurs. »

Les pêcheurs plaisanciers respectent les tailles, les quotas, les périodes de reproduction. Ils demandent simplement que ces efforts soient reconnus et que les règles soient équitables pour tous.

En résumé : ce qui change vraiment en 2026

Déclaration obligatoire : enregistrement annuel + déclaration des espèces sensibles dans les 24h

Quotas bar : probablement 2 au sud, peut-être 3 au nord du 48e parallèle
Maquereau : négociations pour 8-10 poissons au lieu de zéro

Application : retard technique, mise en place progressive
Pompe à verre : à nouveau autorisée
Plomb : débat en cours, moratoire demandé

Le conseil d’Alain Scriban : « Adhérez aux fédérations, participez aux actions locales, remontez les problèmes. C’est ensemble qu’on fera bouger les lignes. »

Contenu issu de l’interview d’Alain SCRIBAN

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